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… seul dans les vagues, un enfant disparaît sous chaque rouleau d’écume...
ressort quelques instants plus tard avec de grands éclats de rire de bonheur puis, bondit sous la vague suivante …. le soleil descend près de l'horizon .. les couleurs
s'adoucissent … la mer prend des teintes d'émeraude limpide ... apaisée ..
il a pour lui tout seul toutes les vagues sur plusieurs kilomètres de côte ... jusqu'à l'horizon éperdu ...
il est dans l'eau depuis près de trois heures et ne donne pas l'impression d'avoir envie d'en sortir ... ce petit bonhomme tout seul dans cette immensité mouvante désertée
des humains donne une impression de démesure ... dans cette baie, comme un croissant de plus de quinze kilomètres de large ... seul jusqu'à l'horizon, pour toutes ces
vagues qu'il semble recevoir chacune comme un cadeau ... le bonheur de cette eau vivante, tiède mouvante lumineuse .... on peut se demander pourquoi il n'y a pas quelques
dauphins pour venir jouer avec lui, tellement il rit avec les vagues ...
une fillette passe en courant devant l’écrivain assis ... elle tire un cerf-volant qui vole légèrement dans l'air doux du crépuscule ... sa longue traîne de papier
multicolore vient frôler l'homme silencieux …
une femme debout, immobile, frileusement enrobée d'une serviette de bain blanche se laisse pénétrer, par les derniers rayons du soleil ... les pieds léchés par l'écume,
elle reste sans mouvement, comme figée, le regard posé sur deux hommes jeunes, silencieux, très affairés à construire un château de sable et de galets plats et blancs ...
sans doute se demande-t-elle à quel âge les garçons deviennent des hommes … ou peut-être pense-t-elle qu’ils ont bien de la chance, les hommes de pouvoir rester aussi
insouciants si longtemps …
la plage est vidée de sa foule de l'après midi ... au loin, dans l'anse, sous la lumière orangée du couchant monte une brume légère ...
où sont passés les humains ? synchronisés par leurs conditionnements ... ils doivent être devant la télé, où autour d'un verre chaleureux, bienfaisant, à se raconter leur
pêche, leurs vacances qui se terminent … à table à dévorer des frites et du ketchup, leurs instants de vraie vie ... alors que l'heure est si douce, ici, sans eux ...
.... l’écrivain replonge dans son bouquin ....
et puis un homme étrange ... sac à dos de routard, chapeau à plume, bâton de marcheur ..... passe comme un rêve ... insolite …
une voix semble souffler … :
"Peut-être un signe..?"
quel signe ?… écrit prestement l’écrivain

.. je pense que c'est l'homme qui fait tourner la Terre sous ses pieds ...
… à chaque fois qu'il plante son bâton dans le sable et qu'il le tire vers lui,
la planète tourne d'un clic ...
et à chacun de ses pas ...
le temps passe d'un clac ...
il marche dans la direction du couchant ...
et suit le Soleil de sa marche laborieuse ...
et s'il s'arrête ...
la terre ne tourne plus ...
« vite il faut que je l’écrive avant de l’avoir oublié » …
... il entraîne le temps qui passe dans la trace de son pas qui s'étale, infini sur le sable mouillé ....
pourtant cet homme qui marche
reste toujours à l'heure du Soleil couchant vers lequel
il se dirige indéfiniment sans jamais le rattraper ...
comme rivé à la lumière orangée rasant l’horizon
c’est la plage qui se déplace sous ses pieds … !
lui, ne bouge pas par rapport au Soleil …
c'est la Terre qui tourne sous ses pieds .. la Terre qui tourne et l'homme qui marche dans le Soleil reste
fixe .. il est comme un astre qui va se coucher derrière l'horizon ...
cet homme fait tourner la Terre … !
quel signe … ? oui quel signe … ?
ça peut être bien autre chose … !
il se rend compte qu’il parle à voix haute, comme pour mieux saisir le message qu’il pressent …
comme pour entendre quelqu’un témoigner de ce qu’il a cru comprendre …
mais qu’a-t-il pu comprendre en voyant passer cet homme … ? il n’en sait rien, lui-même … pourtant il lui semble important d’en témoigner par écrit … alors il cherche un
instant … puis laissant son regard parcourir l’horizon … il s’abandonne au silence qui monte en lui … en ne pensant plus à rien …
puis après un long moment d’absence … il semble réintégrer son corps … il écrit à nouveau …
peut-être le signe que ceux qui ne bougent pas, reculent .. !
peut-être le signe que pour rester dans le présent il faut absolument avancer … ! ?
alors il se remet à écrire …
quand il aura fait tourner la terre d'un tour, avec son bâton qui fait tourner la planète …. et qu’il arrivera par le même chemin … mon bouquin et moi serons sans doute
toujours à la même place, assis dans le sable, avec un peu plus de rides, avec une barbe de prophète …
la petite fille au cerf volant sera debout dans sa serviette de bains à regarder son père et son oncle continuer de construire un château de sable qui s’effondrera Ã
chaque marée montante … et elle se demandera si tous les hommes mettent autant de temps à grandir …
peut-être qu'en avançant sur la ligne de rencontre du jour et de la nuit toujours vers l'ouest
....
et sa mère ... elle sera où sa mère ... ? sa mère aura peut-être compris autre chose et sera sans doute partie à la suite de l'homme qui marche
tenter d'arrêter le temps ou peut-être même le rattraper ...
peut-être que le temps s'arrête enfin .. ?
la plage, elle, semblera toujours à la même place alors que la planète aura parcouru plusieurs millions de kilomètres dans sa course autour du soleil …
peut-être .. si on reste toujours au couchant sans jamais s'arrêter .. comme le Soleil ... comme une planète
et l’homme qui marche avancera encore et encore en ayant l’impression de faire défiler le paysage terrestre autour de lui … son regard indéfiniment fixé sur le soleil
couchant …
le soleil disparait sous l’horizon … la nuit s’étale laissant poindre les étoiles … scintiller les phares … les phares des marins au langage mystérieux … pense l’écrivain
en rangeant son crayon .. quatre éclats blancs toutes les dix secondes … je te connais bien, toi, tu es le phare des Baleines … la pointe Nord de l’île de Ré … le phare
qui protège les marins de cette enfilade de roches à fleur d’eau … les Baleineaux ..
plus possible d’écrire … l’écrivain ferme son bouquin … il songe … aux vagues dont il ne perçoit plus que le bruit régulier, incessant et dont il ne distingue plus que les
rubans fluorescents d’écume qui viennent s’étaler sur le sable …
l’enfant qui jouait dans les vagues est venu s’asseoir à ses côtés, blotti dans sa serviette et dans ses rêves …
il se demande si l’homme qui marche continue sa randonnée, rivé au Soleil couchant, quelques kilomètres plus à l’Ouest …
le ciel est si grand … l’espace si limpide … l’instant suffit pour toute réponse ..
quelle réponse ...?
©Garoudesbois- tous droits réservés
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j'espère que tu vas bien
je t'embrasse